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Sacred Flax, Flax Carrier of Memories, Flax of the Future PDF  | Print |  E-mail

Lin sacré, lin porteur de mémoire, lin d’avenir Par Julie Rhéaume

 Sacred Flax, flax carrier of memories, flax of the future

Transaltion by Nitsa Ortmann

 

Bob Vershueren

 

Bob Verschueren: Instaltion of a sprial of Flax stems in Saint-Joseph Church, in the Vieux Presbytère (Old Presbytery) in Deschambault-Grondines.

La deuxième édition de la Biennale internationale du lin de Portneuf se déroule jusqu’au 30 septembre dans cette belle région située à moins d’une heure de route de la ville de Québec. Histoire et modernité s’y rencontrent. Les traditions, la beauté typique mais aussi l’esthétisme qui défie les conventions s’y donnent rendez-vous.

La Biennale internationale du lin de Portneuf est un événement artistique et culturel mettant en valeur, de façon contemporaine, les savoir-faire millénaires et les nombreuses pratiques liés au lin. L’événement est une initiative du Comité de mise en valeur du lin de Saint-Léonard, en collaboration avec de nombreux organismes dont l’Association du patrimoine de Deschambault et la Corporation des lieux historiques de Pont-Rouge. L’événement reçoit l’appui financier de divers partenaires publics et privés. 

Plusieurs activités, conférences et expositions sont présentées dans le cadre de cet événement qui a vu le jour en 2005. 

Pour les volets art visuel et métiers d’art, le lin entre la plupart du temps dans la composition des œuvres. À d’autres moments, toutefois, il se fait plutôt muse pour inspirer les artistes. Certaines installations sont brutes, organiques; d’autres plus froides et modernes. 

Normalement, l’art contemporain est l’apanage des grands centres comme Montréal ou Québec. Avec cette biennale, il s’amène en milieu plus rural. « C’est intéressant mais c’est un grand défi à plusieurs niveaux. On n’a pas le choix que de faire œuvre de vulgarisation », explique Donald Vézina, directeur de l’Association du patrimoine de Deschambault et vice-président de la Biennale. « Il faut amener les gens à comprendre ce que nous proposons, sinon la clientèle régionale ne sera pas touchée. Notre but, c’est de faire place à l’art contemporain dans une région rurale. Nous voulons toutefois que l’événement en art actuel se mesure à tous les autres et reçoive le même traitement qu’eux de la part des instances artistiques de tous les paliers, gouvernementaux et corporatifs. », ajoute le vice-président. Il précise qu’environ 25% des visiteurs sont issus de la région de Portneuf. Les autres sont de l’extérieur. La culture est toutefois bien vivante dans la région : école de musique, longue tradition de théâtre, préservation et mise en valeur du patrimoine, attachement à l’histoire tout en étant tourné vers le présent et l’avenir.

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Louise Lemieux Bérubé – “Aimez-vous les uns les autres / Love one another”  Jacquard Tapestry 2006 2007

Deux expositions, une en art visuel et l’autre en métiers d’art intitulées respectivement «Le lin : chroniques et récits » et « Lin Sacré » sont notamment présentées dans le cadre de la Biennale 2007.

La première est à l’honneur à l’église Saint-Joseph, au Vieux Presbytère et sur le cap Lauzon à Deschambault-Grondines. Elle rassemble des artistes du Québec mais aussi de l’Alberta (Laura Vickerson), de la France (François Méchain) et de la Belgique (Bob Verschueren). La commissaire Chantal Boulanger a rassemblé les œuvres de 10 artistes.  Avant même de s’aventurer sur les lieux de l’exposition, le visiteur est transporté et frappé par la beauté des lieux: un magasin général du 19e siècle toujours en opération, l’église entourée de bâtiments patrimoniaux, le Saint-Laurent qui coule juste devant nous… Le temps s’arrête. Le citadin pressé et stressé éprouve un sentiment de calme et de bien-être à son arrivée sur place.

Puis, on pénètre à l’intérieur de l’église.

En entrant dans ce lieu toujours utilisé pour le culte, on remarque les bannières de Louise Lemieux Bérubé, une œuvre intitulée « Aimez-vous les uns les autres », un appel à la tolérance et à l’ouverture. En tissant du lin, de la laine et du coton, l’artiste a reproduit les photos de personnes d’origines et de religions différentes pour créer six tableaux de grand format. Il faut accéder à la galerie de l’église pour constater que les images obtenues grâce au tissage sur métier jacquard assisté par ordinateur, présentent le négatif des portraits à l’arrière de chacune des bannières.

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 Louise Lemieux Bérubé – “Aimez-vous les uns les autres / Love one another”  Jacquard Tapestry 2006 ( detail)

 

Devant une des fenêtres du rez-de-chaussée de l’édifice, un autre panneau fait part de cette phrase de l’écrivaine canadienne Margaret Atwood : « Il n’y a qu’une seule race, la race humaine ». L’œuvre est plus pertinente que jamais dans le contexte actuel. On pense au dossier des accommodements raisonnables qui a fait parler le Québec au cours des derniers mois, aux discours de certains politiciens et à cette peur de l’autre bien injustifiée…. Cet appel à la tolérance de la part de l’artiste et tisserande tombe donc très à point. 

Plus haut, à la galerie, lieu déserté par les fidèles qui ne sont plus assez nombreux pour occuper toute l’église, Thérèse Chabot propose son installation appelée « Le peseur d’âme et le dur désir de durer ». Céramiste à l’origine, elle s’est progressivement tournée vers l’art de l’installation en y intégrant les fleurs et les plantes qu’elle fait pousser dans son jardin. Pour cette œuvre, elle immortalisé les fines tiges de lin dans la porcelaine blanche et a inséré ces éléments dans un jardin mythique qu’elle a installé dans le lieu de culte, le mettant en relation avec des figures associées à la religion ou au patrimoine artistique.

Thérèse Chabot s’est notamment servie d’une statue qui appartient à l’église : un ange du sculpteur Louis Jobin qui tient une balance, symbole de justice. L’ange pèse les âmes une fois qu’elles ont quitté leurs enveloppes corporelles. Le paradis ou l’enfer pour celles-ci?

 Thérèse Chabot

  Thérèse Chabot: Le peseur d'âmes et le dur désir de durer, 2007

L’œuvre se veut un hommage à Jobin, né à Portneuf,  mort sans le sou en 1928 et enterré dans une fosse commune. La lumière pénètre par les fenêtres de l’église, éclairant l’installation de Chabot tout en révélant un jeu d’ombre qui ajoute à la création de l’artiste. L’image de Jobin est aussi reproduite sur une toile.

On poursuit la visite avec des œuvres de Laura Vickerson, « Memoria », qui utilise une collection de pièces de lin (mouchoirs, nappes et autres objets préservés comme des trésors familiaux) pour souligner l'importance du travail des femmes au sein de l'Église, et de Sarla Voyer, « Refuge », qui emploie notamment le lin brut pour recréer un espace de méditation.

Puis, on se dirige vers le Vieux Presbytère. Quelques œuvres y sont également présentées. Pour « La voûte ou les motifs oubliés », Nathalie Grimard a effectué un  inventaire des motifs brodés de la région de Portneuf. À partir de feuilles de papier de lin, elle livre de délicats témoignages, sous forme d’empreintes lumineuses, de l’imaginaire de ces femmes qui ont enrichi le patrimoine régional. Ces motifs traditionnels, naïfs et coquets, ont été reproduits sur le papier qui est ensuite placé sur un cadre lumineux. Au lieu de broder le matériau, Grimard a plutôt créé les motifs en perçant de minuscules orifices. Des puits de lumière semblent être intégrés au grenier… Dans ce petit espace aux murs en pente, l’effet est saisissant. Encore une fois, il s’agit d’un hommage aux femmes, minutieuses, patientes et douées. Leur travail est littéralement mis en lumière.

Bob Verschueren fait quant à lui surgir des tiges de lin de deux âtres de la grande salle les liant, au centre de la pièce, en une grande spirale. Ces tiges furent triées, coupées de leur racine et placées une à une. Ce travail de longue haleine évoque le mouvement et le temps.

À l’extérieur du Vieux Presbytère, Catherine Sylvain propose une sculpture, tapis ou tableau, réalisée en linoléum, une matière fabriquée à partir d'huile de lin, de résine de pin, de farine de bois, de pigments naturels et de jute. Le choix de ce matériau révèle un visage contemporain du lin, soulignant ainsi un autre aspect de sa pérennité. Intitulée « Fleur bleue mur à mur », l’œuvre évoquant un champ de lin en fleur est empreinte de gaieté et d’une certaine naïveté.

Près du cap Lauzon, François Méchain a créé quant à lui une sorte de théâtre en pleine nature. Il a installé des rideaux de lin et des fauteuils. Au centre de ces rideaux ouverts, on peut voir le Saint-Laurent. Pour l’occasion, on a créé une nouvelle percée visuelle à travers la haie qui ceint le site. Le vent, la nature, l’eau et la flore s’intègrent ici à l’œuvre éphémère qui a également été photographiée par l’artiste.

Ivon Bellavance

Offertoire

Ivon Bellavance: Offertoire.2007 , cone-shaped spider web made up of flax, nylon threading

Au Moulin de La Chevrotière, l’exposition « Lin Sacré » présente les choix de la commissaire Sylvie Royer. L’exposition rassemble exclusivement des artistes des métiers d’art, toutes disciplines confondues, pour qui la matière et le symbolisme du lin suggèrent des œuvres de réflexion et de méditation, des objets et des espaces transcendants.

Les artistes sont issus du Québec, de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick, de la Colombie-Britannique mais aussi de France et du Pays de Galles (Royaume-Uni). Treize œuvres sont présentées.La thématique évoque évidemment le divin et la religion mais aussi la famille et la puissance cosmique.Ainsi, la Québécoise Annie Cantin propose une installation murale futuriste de « coquilles » de verre inspirée de l’éclosion de la semence de lin : un événement ressenti à l’échelle cosmique. Le lin n’entre toutefois pas dans la composition colorée de verre et de cuir de Cantin appelée « Série : matière stellaire, un ». 

Ivon Bellavance a quant à lui réalisé une oeuvre d’intégration environnementale qui explore la relation entre l’humain et le divin, relayant le message de l’éternel présent comme lieu d’expérimentation du sacré : « Offertoire ». « Je suis avec toi », peut-on lire sur cette oeuvre, composée notamment de fil de lin et de nylon. Réalisée à l’extérieur du moulin, rappelant vaguement une toile d’araignée mais de forme conique, elle semble vivre et respirer au gré de la brise.

Nathalie Grimard
Janine Parent  Les secrets de Gisèle, Claire, Marguerite /

 

Pour « Les secrets de Gisèle, Claire, Marguerite », Janine Parent a réalisé  d’étonnants draps de céramique; on jurerait qu’ils sont en tissu. L’installation de l’artiste se veut un hommage au patrimoine textile laissé par les femmes de sa famille française : des draps de lin aux échos nostalgiques d’un quotidien ici retrouvé. Des pièces de « raku », une technique céramique qui comporte ici un passage dans les aigrettes de lin utilisées comme matière combustible nécessaire à créer les craquelures et effets de coup de feu sur la terre, font également partie de cette œuvre. Les rayures verticales et horizontales qu’elle comportent rappellent la trame et la chaîne du tissage.

D’autres œuvres étonnantes sont également présentées au moulin. La région de Portneuf regorge de beauté et de trésors cachés, comme cette Biennale qui gagne à être connue et qui rassemble des artistes de calibre international. Il s’agit d’un événement à découvrir.

La Biennale internationale du lin de Portneuf se termine le 30 septembre. La prochaine édition de l’événement aura lieu en 2009.

Pour en savoir plus sur la Biennale et sur le programme des activités, consultez son site Internet :www.biennaledulin.ca .

 


 
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